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Une
octave à Vacourdy
(article paru dans le Paris XII
n° 455 de juin 2003)
Vacourdy, c’est d’abord un nom. Un nom qui enlace chacun des 3
établissements scolaires dont l’aumônerie a la charge : Paul Valéry,
Georges Courteline et Vincent D’Indy, un nom qui prélude bien à son
programme et sa mission : Va vers tes frères, Cours dans
la joie, Dis-leur ta foi. Vacourdy, c’est ensuite une
organisation incroyable : 115 jeunes inscrits, 25 animateurs bénévoles,
un Aumônier et deux responsables nommés par le Cardinal, des activités
plusieurs fois par semaine, des groupes de réflexion, des week-end de
retraite, des camps de ski, des camps d’été, des animations de messe et
une formation interne d’animateurs que beaucoup d’aumôneries lui
envient… Mais Vacourdy, c’est aussi et avant tout des visages : celui
d’Adrien qui passe plusieurs fois par semaine pour « dire bonjour »,
celui de Sophie, élève de 6ème, qui s’éclaire quand elle dit
qu’ici, ce qu’elle aime, « c’est apprendre des choses sur la vie de
Dieu », ou celui de Perrine, animatrice, dont les yeux brillent
quand elle parle de « l’aumônerie : ma famille, ma maison »…
On aimerait pouvoir rester plus que quelques jours à Vacourdy,
s’enfoncer dans le canapé centenaire de l’accueil pour contempler tout
simplement cette Eglise vivante et jeune qui nous affirme que l’avenir
est une promesse. A défaut, on se console en offrant aux lecteurs de
Paris XII quelques notes d’une bien belle partition : celle qui chante
l’espérance, l’espérance en la jeunesse de Dieu.
LUNDI, VA VERS TES FRERES
Ce sont des lycéens. Des lycéens qui ressemblent comme deux gouttes
d’eau à ceux que l’on croise dans la rue, qui portent des casquettes,
qui parlent et rient fort, bref, qui remplissent l’espace de leur
vitalité. Ici, à l’aumônerie, dans les locaux de la paroisse de
l’Immaculée Conception, ils viennent chaque semaine pour discuter de
leur vie et approfondir leur foi. En plus de ces petits groupes de
réflexion et du repas mensuel qui les réunit tous autour d’un témoin,
ils ont la possibilité d’intégrer un groupe d’action caritative dans le
domaine de l’accueil de rue ou du soutien scolaire. Deux activités qui
demandent beaucoup d’enthousiasme, mais aussi de fidélité et de
constance, l’aumônerie Vacourdy étant la seule association à pratiquer
le soutien scolaire sur le quartier Bel Air /Picpus. Mathilde, par
exemple, est en Terminale et suit le même jeune depuis deux ans. Elle se
dit « attendrie » par la relation de confiance qui s’est
instaurée entre eux, et émue des progrès constatés.
Laëtitia et Maximilien sont, quant à eux, membres de l’équipe d’accueil
de rue. Tous les lundis, comme ce soir, ils se rendent en bas de la tour
Montparnasse et, aidés par une équipe du Secours Catholique, distribuent
café et boissons chaudes, à une vingtaine de SDF. Ils sont tous les deux
profondément marqués par cette expérience, mais de façon différente :
Maximilien a découvert un monde qu’il ne connaissait pas et qu’il
jugeait, avant, « de l’extérieur ». Il avoue qu’il considérait
les SDF comme des personnes « repliées sur elles-mêmes et peu
engageantes» et qu’il a découvert leur capacité d’enthousiasme, leur
soif de contacts humains. La difficulté de leurs vies le touche : « même
pour nous, l’hiver, c’est dur quand il fait froid » et les contacts
qu’il a noués avec eux, semaine après semaine, le remplissent de joie et
l’incitent à renouveler son engagement l’année prochaine. Laëtitia,
quant à elle, connaissait déjà ce monde-là, car elle vient, comme elle
le dit elle-même, « d’un milieu assez dur ». Elle est heureuse
des contacts et des relations avec les gens de la rue, elle a vraiment
l’impression de leur « apporter quelque chose » : joie, amitié et
enthousiasme, et elle aussi continuera l’an prochain, mais la
confrontation n’est pas toujours simple: « c’est parfois difficile de
rester chrétien quand on voit toute cette misère humaine. » Ainsi,
chacun à sa manière, Laëtitia et Maximilien nous rappellent-t-ils
l’importance de la Foi pour relier l’Espérance à la Charité…
MERCREDI, DIS-LEUR TA FOI
Isabelle a 23 ans, une maîtrise de philosophie et une habitude de
fréquenter Aristote et Saint Thomas d’Aquin. L’année dernière, elle a
voulu faire une pause dans ses études afin de se mettre au service de
l’Eglise, et a été nommée responsable de l’Aumônerie, en binôme avec
Jean-François (depuis septembre 2004, les reponsables de l'Aumônerie
sont Juliette et Basim). Après une visite des lieux où on peut admirer, pêle-mêle
et entre autres, de nombreaux panneaux de photos, des vitraux sur la
Cène réalisés par des 6èmes, plusieurs toiles de tente à
vérifier pour le Frat, des étoiles rouges et bleues au plafond de la
salle d’accueil, et, enfin, l’oratoire, tellement doux et priant avec
son icône peinte par les participants au camp d’hiver, Isabelle parle de
son engagement qu’elle voit, en grande partie, comme un travail de
« communication avec les jeunes, les animateurs, l’Aumônier et les
parents ». Au terme de sa mission de deux ans, elle n’a qu’un
regret, celui que les journées n’aient que 24 heures. Elle aurait pu
ainsi « être plus efficace, participer à tous les groupes, écouter
davantage… » Car l’organisation matérielle d’une aumônerie est assez
lourde : vendredi, par exemple, les 5èmes partent en week-end de
retraite de profession de foi à Longpont-sur-Orge et il faut tout
prévoir : les repas, les veillées, les temps de prière, le parcours
catéchétique, les animations etc… Pourtant Isabelle est heureuse : « spirituellement
ces deux années au service des jeunes m’ont énormément apporté et j’ai
vraiment pu éprouver l’importance de la confiance et de l’abandon à la
Providence .»
Bien que le départ d’Isabelle et de Jean-François soit un vrai sujet
d’inquiétude pour les jeunes et leurs parents, comme le confirme Martine
Giboire, présidente de l’Association des Parents Catholiques qui
s’occupe plus particulièrement de la gestion financière et statutaire de
Vacourdy, celui qui visite l’aumônerie est frappé par le dynamisme, la
jeunesse et le sérieux des animateurs et se dit que la relève est
assurée. Car, à Vacourdy, on n’arrête pas l’aumônerie après la
confirmation ou la profession de foi ! Beaucoup de jeunes, en effet,
viennent ici depuis 6 ou 7 ans et, en classe de Première, il leur est
proposé une formation pour devenir animateurs. Les séances sont
hebdomadaires et se déroulent soit avec l’Aumônier, le Père Henri de
l'Eprevier (NB : depuis septembre 2003, l'aumônier de Vacourdy est le
Père Gaël Cornefert), en ce qui concerne la formation théologique et doctrinale,
soit avec un chef scout pour la gestion et la pédagogie de groupe. De
plus, toutes les 3 semaines, les animateurs se rencontrent pour préparer
les séances avec les jeunes. Muriel s’occupe ainsi des groupes de 4ème
et de 3ème, qui, contrairement aux plus jeunes, ne suivent pas de
parcours catéchétique particulier. Le thème, cette année, porte sur les
10 commandements. « On essaye de varier les séances, de trouver un
juste équilibre entre les questions sur la foi et la théologie et celles
qui touchent aux préoccupations quotidiennes et à l’actualité. Ainsi, à
travers le thème de la peine de mort et de la guerre en Irak, on s’est
interrogé sur le « Tu ne tueras point » du Décalogue. De même, avec le
commandement « Tu respecteras le jour du Seigneur », nous avons abordé
toutes les questions sur la Messe. » Muriel se dit « ravie »
de ces rencontres et trouve que le fait d’être « plus âgée, mais pas
tant que ça » que les jeunes de son équipe, lui permet de mieux les
écouter, pour « progresser ensemble vers la solution »
VENDREDI, COURS DANS LA JOIE
Mercredi, j’avais été frappée par le silence qui régnait dans
l’aumônerie, alors qu’un groupe de 6èmes était présent. On
m’avait alors rassurée : « Les 6èmes sont en réunion avec Monseigneur
Frikart pour préparer le sacrement de Confirmation qu’ils vont bientôt
recevoir, c’est pour cela qu’ils sont calmes ! » Aujourd’hui,
présente à une de leurs rencontres, je peux vérifier la pertinence du 2ème
« commandement » de l’aumônerie « Cours dans la joie ». Car, pour être
joyeux, ils le sont, et pour courir, ils courent ! Il faut dessiner les
voiles du bateau qui sera exposé lors de leur confirmation, dans
l’Eglise du Saint Esprit. Rodolphe m’explique : « la coque, c’est ce
qu’on a reçu au baptême, mais pour que le bateau avance, il faut des
voiles et ces voiles représentent les sept dons de l’Esprit Saint
(dons que tous m’énumèrent par cœur sur un air de rap) qu’on va
recevoir à la confirmation, et donc on dessine ces dons ! ». Dans un
joyeux brouhaha (- Passe-moi le jaune ! - T’as qu’à prendre le
vert !) ils s’attellent à leur tâche, tandis que Gwenaëlle m’informe
que l’ambiance est « super mais que, bon, les garçons… » Tous
apprécient leurs animateurs, d’ailleurs deux filles pensent déjà à
devenir animatrices. Sophie me dit qu’en participant à l’aumônerie, elle
va plus souvent à la messe maintenant et que, d’ailleurs, pendant le
Carême, elle y allait même tous les vendredis à 7 heures et qu’après,
ils avaient droit à un gigantesque petit-déjeuner à l’aumônerie! Tandis
que Raphaël, tout en parlant avec Guillaume, dessine pour Paris XII ce
que représente pour lui la Confirmation, les animatrices me font part de
leurs joies, mais aussi de leurs moments de découragement devant une
telle vitalité. Les 10 minutes de prière dans l’oratoire, qui terminent
toutes les réunions de l’aumônerie, permettent à chacun de repartir,
toujours dans la joie, mais un peu plus calme !
Il aurait fallu évoquer aussi la marche annuelle des
lycéens, la célébration de rentrée et la fête qui suit la Profession de
foi des 5èmes, où les 6èmes leur offrent une bougie, les 4èmes/3èmes une
croix et les 2nd cycle un Nouveau Testament. Il aurait fallu
aussi participer aux repas mensuels où un foyer de la paroisse accueille
deux lycéens pour discuter avec eux, rencontrer les 4èmes /3èmes, parler
de la nuit de prière des 2nd cycle, de la fête après la
Confirmation, des marchés de Noël, des actions de Carême, du camp d’été.
Il aurait enfin fallu davantage parler du don : don de temps, de foi et
d’enthousiasme que chacun, animateur, responsable ou Aumônier, propose à
chaque jeune accueilli, don de la vitalité, de la confiance et du
sourire que chaque jeune lui offre en retour. Il aurait fallu tellement
plus de temps, tellement plus de pages… Alors, si tu es collégien ou
lycéen, viens te rendre compte par toi-même, appelle entre 17 et 19
heures au 01 43 43 41 89. Oui, Cours-y vite !
Monique LEVEAU-CAZARD |
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