
Depuis sa fondation en 1641, le carmel de Compiègne a toujours conservé un grand esprit de prière silencieuse, de pauvreté et de régularité. Ainsi, lorsqu’en 1789 éclate la révolution, la communauté des moniales est animée d’une remarquable ferveur et d’un grand amour de Dieu et des âmes.
Entres toutes, la Mère prieure, la bienheureuse Thérèse de Saint-Augustin (Lidoine), profonde femme d’oraison, brille par de hautes qualités humaines et spirituelles.
Le 14 septembre 1792, fête de l’Exaltation de la sainte Croix, elles sont expulsées de leur monastère et sont hébergées par des habitants de Compiègne. Face à la tourmente révolutionnaire, les dignes filles de sainte Thérèse d’Avila, suivant le désir de leur prieure qui en avait reçu l’inspiration dans la prière, s’offrent à Dieu « pour que cette divine paix que son cher Fils était venu apporter au monde fût rendue à l’Église et à l’État ». Jusqu’à leur mort, elles renouvelleront ce don.
Le 21 juin 1794, elles sont arrêtées et jetées en prison. Elles y supportent avec courage et charité les vexations et les souffrances qui leurs sont imposées. Puis, elles sont conduites en charrette à Paris (12-13 juillet 1794), enfermées à la Conciergerie et condamnées à mort, sans témoins, par le tribunal révolutionnaire « pour leur fidélité à la vie religieuse et leur grande dévotion au Sacré Cœur ». Des images, des scapulaires et un cantique avaient été saisi chez elles.
Le 17 juillet, en marchant vers leur martyre, elles prient et chantent le Miserere, le Salve Regina et le Te Deum. Au pied de l’échafaud, elles entonnent le Veni Creator et renouvellent les promesses de leur baptême et de leurs vœux religieux. Sœur Constance de Jésus (Meunier), novice, est appelée la première. Elle demande à la Mère prieure sa bénédiction et la permission de mourir. Elle gravit ensuite les marches de l’échafaud en chantant le Laudate Dominum omnes gentes. La même scène se reproduit pour les autres Sœurs. La prieure, comme la mère héroïque des Martyrs d’Israël, est immolée la dernière. Elles sont ensuite inhumées dans une fosse commune au cimetière de Picpus. Le 27 mai 1906, elles sont béatifiées par le Pape Pie X.
« Quel bonheur de mourir pour son Dieu ! » s’était écriée l’une d’elles. « Soyons les dernières à mourir. » En effet, dix jours après ce sacrifice cessait la tourmente qui, pendant deux ans, avait répandu sur le sol de France le sang des Fils de France.
« Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 9-10)
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